La francophonie libanaise

 

Situation de la langue française au Liban

 

 

 

 

Extrait de La Langue française face à la mondialisation de Yves Montenay, préface d'Antoine Sfeir, Les Belles Lettres, 2005.


      "Le petit prince arriva à Beyrouth. Sois le bienvenu, prince, sur cette vieille planète d'Orient, carrefour ancien de hautes civilisations. Chrétiens et musulmans, nous t'accueillons ensemble. A côté de notre langue arabe, ici l'anglais est utilisé et le français est chéri. ...Nous avons été parmi les premiers et les plus ardents bâtisseurs de la francophonie. Elle est à nos yeux la seule constellation qui permette un véritable commerce à la fois des biens et des hommes, des esprits, des pensées. Le dialogue entre les civilisations et les religions est urgent. ...La francophonie est l'espace de dialogue tout trouvé. ...A Beyrouth, ayons la foi qui déplace les montagnes. Imaginons, travaillons, organisons, soyons concrets. Réussissons !". 

 

Vision quelque peu idéalisée, en tout cas déjà datée, mais qui a le mérite de fixer une ligne.

 

 

La situation du français au Liban en 2014 doit être replacée dans le cadre du pluralisme linguistique qui est une constante de l'espace libanais : les langues varient avec le temps (cananéen, akkadien, grec, latin, syriaque, arabe, italien, français, anglais...) mais le principe même du pluralisme est, lui, constant aux antipodes de la tradition française de l'adéquation entre la langue et la nation.

 

L'arabe dialectal libanais est aujourd'hui la langue commune, plus qu'il ne l'a jamais été sans doute ; à cela s'ajoute, pour la majorité, la compréhension écrite et orale de l'arabe littéraire et pour une moins grande part, la maîtrise "active" de la langue.

 

Les deux-tiers des établissements libanais enseignent le français comme langue seconde (c'est-à-dire également comme langue scientifique) ou comme langue première d'enseignement (pas moins de 45 établissements au Liban présentent le bac français, fortement concentrés autour de Beyrouth). Mais les chiffres sont trompeurs : à côté des établissements homologués bac français dont certains ont un niveau tout à fait comparable aux meilleurs établissements français, d'autres constituent autant de "villages Potemkine", surtout les établissements officiels (publics), dans les régions éloignées de Beyrouth où le français subsiste dans des "enclaves" (Marjeyoun, Ain Ebel au Sud, par exemple). Il n'est pas rare que les cours de science se fassent en arabe (ce qui est certainement bénéfique pour l'apprentissage des sciences) et que les professeurs de français maîtrisent mal la langue. D'autre part, l'anglais, même enseigné pendant moins d'heures que le français - a fortiori lorsque le trilinguisme, comme cela se fait de plus en plus souvent, est introduit dès la maternelle - tend à supplanter le français chez les élèves, comme l'anglais l'allemand même première langue chez les élèves français.

 

Une minorité d'établissements, mais dynamique, disposant parfois de moyens plus important, sont anglophones. Cette minorité tend à s'accroître, le choix d'un établissement ou d'une section francophones étant davantage le choix des parents, pour des raisons sociétales ou familiale, que celui des enfants. L'anglais est avec l'arabe, mais après l'arabe, la langue de l'affichage, de la publicité dans un marché régional dominé par l'anglais. Si l'anglais est la langue des affaires et de plus en plus de la création, le français reste associé à la culture, surtout à la création littéraire et cinématographique. Mais son usage en dehors de la classe ou de milieux francophones tels que l'Université Saint-Joseph est surtout le fait de familles ayant des liens étroits avec la France (ou un autre pays francophone) à titres divers.

 

La guerre civile a à la fois accéléré le recul de la langue par l'immigration proportionnellement plus importante des milieux francophones et en même temps, paradoxalement, consolidée celle-ci par l'installation en France de nombreux ressortissants libanais pendant la guerre du fait d'une politique d'accueil généreuse (le 15ème arrondissement de Paris reçut alors le surnom de "Beyrouth-sur-Seine) alors que la France n'avait jusque là jamais été une terre d'accueil pour les immigrés libanais à la différence de l'Amérique Latine, l'Amérique du Nord, de l'Afrique, du Moyen-Orient.


C'est dans ce contexte qu'un pacte linguistique a été signé par le Président de la République libanaise, Monsieur Michel Sleiman, et le Secrétaire Général de la Francophonie, S.E. M. Abdou Diouf, le 23 octobre 2010 à Montreux, en marge du sommet de la francophonie, en vue d'assurer le maintien du français dans le cadre du plurilinguisme libanais.

 

 


Nous vous invitons à lire l'article à la fois remarquablement écrit, très clair et bien documenté de Mona Makki, rédactrice en chef du magazine télévisé "Espace francophone" sur TV5, publié en 2007. Vous trouverez d'autre part un dossier passionnant sur la question sur le site de Libanvision. Ces articles seront utilement complétés par cet article de David Hury de 2009.

Pour découvrir la richesse de la littérature libanaise d'expression française nous vous invitons à consulter l'index établi par l'écrivain Alexandre Najjar, également rédacteur en chef de L'Orient Littéraire qui permet de suivre en français l'actualité de la  création littéraire au Liban.

 

 

 

 

 

 

© 2010 - 2017 Francophonia Liban

- créé par JM-Design
DMC Firewall is developed by Dean Marshall Consultancy Ltd